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rainingpunks.com

DANS MA ZONE _ espace qui fait du bon sens

L'ouragan des folies

Publié le 19 Octobre 2020 par SEBO

L'ouragan des folies

Pour tous ceux qui ont rêvé de voir les nuages s'agripper parmi les orages électriques, aux mâts ténébreux des tempêtes post-tropicales, puisque là-haut, le puissant envol des avions long courrier résonne jusque dans l'enclave des salons à l'heure des nouvelles, de la diffusion en direct des actualités, des clichés synthétisés, des tasses de thé qui se frappent vulgairement contre la bassine des vieillards, des résidences secondaires, des fusées animées dans le firmament, des condors apprivoisés, tristes poissons agonisant sur les plateformes de forage, au large des océans carnivores, pour tous les spéciaux du midi, chez Jackie, des 5 à 7 qui finissent dans la cave de Roger, ou d'Amanda, les croustilles de faux fromage sur les doigts colorés jaune soleil et les sourires corrida de tante Alice, un peu dur d'oreilles, presqu'île, ou sable doux, Pré d'en Haut, derrière sa marchette à deux vitesses, dans un couloir  où le froid gèle les pieds, et glisse, sur un air misérable, pour ne pas rompre avec le passé, parce que l'avenir n'a pas d'histoires à raconter, parce qu'hier, c'est comme demain, quand le frigo sert de décor,  pour enjoliver les heures délicatement entassées, dans le coffre à gants de Claudine et de sa dernière cigarette avant la pause, seule, dans son cubicule, son mètre carré, son métier anonyme, au creu des étangs sauvages, des cités grises, des derniers adieux, pour tous ceux et celles qui définissent leurs parcours selon des modèles en or, des règles fondées sur les combats d'ailleurs, les religions du coeur, les écriteaux de la honte, les tourbillons de cette vie effrénée où l'extase n'est plus le paradoxe de l'incertitude, la nostalgie des passés rectilignes, des derniers je t'aime!  Des cris de joie, qu'on essaye de racler au fond de sa gorge, une pauvre voix pour avancer, quand c'est l'heure de souper, faire pipi, prendre son bain, tenir sa main, ou celle d'à côté, le courage compte à ce moment, le coeur aussi, mais le temps fuit, on veut partir, loin, au-delà des plaines, là où ça fait moins mal, là où l'aube sert de mercure aux matins dangereux, aux lendemains qui chantent pour certains, et pour d'autres qui pleurent, parce qu'il est trop tôt pour rentrer, ou trop tard pour s'en aller.

Parce que ce froid hivernal nous rappelle qu'il est l'heure de baisser la musique, de cesser le tapage, de marcher dans le rang, les fesses serrées, une main sur l'ostie, l'autre pour pointer le voisin, en toussant, en se jettant sur le dernier bulletin paroissial de la journée, après cette messe basse, amanché avec des habits de voyous, des ceintures pour retenir un peu d'espoir autour de sa taille de guêpe, ou de faux-fuyant, sourd et presqu'aveugle, à deux pas de se perdre encore une fois  sur le chemin des déshérités ou des pauvres infortunés, sans lendemain, pour tous ces visages télescopés en plein ouragan des folies, parce qu'elle tombe, pareille comme des clous, cette météo, pleine de drames et d'échecs, des frissons sur les jambes un peu raides, mystérieuses, à la queue-leu-leu, comme une absence, déjà, m'interpelle, cette vieillesse n'a que faire de tous ces gens incapables de se plier en deux, et de regarder droit dans les yeux celui ou celle qui reste là, en guise de rappel, un cadran qui sonne à chaque heure, sans claquer la porte, et qui avance, mais ne se retourne pas.  De l'autre côté, on ne revient plus pour promener ceux qu'on aime, on ne revient plus, quand c'est enfin l'heure d'aimer. 

SÉBØ (c) 0002020

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